L'histoire
Le troisième vignoble de France (1789-1895)
Du déclin au grand renouveau (1895 à nos jours)
L’Antiquité : Genèse des vignes et cadre mythologique
Importée par les grecs dès le VIème siècle avec J.C puis par les romains en Narbonnaise (IIème siècle av. J.C), le vin est arrivé en Auvergne au moment des conquêtes de César (-52 à -50). Le Puy de Corent ou encore le célèbre plateau de Gergovie abritent deux grands oppidums commerçants et militaires dans lesquelles des centaines d’amphores ont été découvertes. Egalement importé pendant toute la période gallo-romaine, le vin a ensuite été fabriqué sur place, les habitants profitant des excellentes orientations des coteaux, sis sur les paysages à caractères mythologiques, dont les puys, souvent sacrés et où l’on retrouve encore aujourd’hui les traces de temples (le plus célèbre, le temple de Mercure sur le Puy de Dôme).
On atteste avec certitude la diffusion et l’expansion de plants de vignes dès le Vème siècle ap. JC, grâce aux écrits de Sidoine Apollinaire, évêque de Clermont et également écrivain. Dès lors, le vignoble ne cessa de s’accroître.
L’optimum climatique médiéval
Durant le haut Moyen-Age (Vème-Xème siècle), la vigne continue son expansion et profite dès le Xème siècle de l’optimum climatique médiéval : une hausse des températures s’échelonnant environ de 800 à 1300. Celle-ci amènera les vignerons à planter jusqu’à 1000m d’altitude au début du bas Moyen-Age ! Suite aux consultations des archives, on estime à 10000 hectares la surface plantée en vignes au XIème siècle. La Peste de 1347 et la Guerre de Cents Ans (1337-1453) ont limité, comme partout ailleurs, l’expansion des superficies et des productions.
L’ancien régime, les reconnaissances royales et le chemin de Paris
La Reconnaissance royale
La superficie du vignoble croît à la fin du Moyen-âge et pendant la Renaissance,
mais la période est mal documentée. Le vignoble auvergnat acquiert ses lettres de
noblesse dès le début du XVIème siècle, lorsque le roi Henri IV (1589-1610) loue la
qualité et le caractère des vins d’Auvergne. Plus tard, c’est au tour de Louis XIV (1661-1715)
de faire remarquer son penchant pour le vin d’Auvergne. Le fin au XVIIème siècle est
certainement une période dorée, avec des cépages appréciés (pinot, damas) et des crus
devenus célèbres (Chanturgue, Châteaugay, Corent). L’introduction massive du gamay
venue du lyonnais accroît la production et la consommation de vin au détriment de la
qualité et des anciens cépages qui deviennent très minoritaires.
La navigation
Les XVIIème et XVIIIème siècles sont à associer à la diffusion progressive du vin hors des canaux de distribution classique. Par voie navigable, le vin arrivait jusqu’à Paris ainsi que les autres marchandises, via l’Allier, puis la Loire, le canal de Briare puis la Seine.
Très rapidement, des ports sur l’Allier se font une réputation : Dallet, Mezel, Pont du Château. Ce dernier fut un centre important du commerce fluvial sur l’Allier, et servait de port de Clermont-Ferrand (export de bois, charbon, pierre volvic, chanvre, fromage, papier, paille, et bien sur le vin. La commune abrite un musée de la batellerie, qui témoigne de cette grande période de commerce.
Saint Verny
Le XVIIème siècle est marqué par l’arrivée du culte de Saint Verny. D’origine germanique, ce saint a été choisi par les vignerons d’Auvergne, à la différence des vignerons des autres régions qui ont pour saint Patron le célèbre Saint Vincent. Le culte de Saint Verny reste donc un particularisme local bien ancré.
Rendements, superficie et cuvaison
En 1750, le rendement était de 20 hectolitres/hectare, et la surface plantée en vignes
s’étalaient jusqu’à 17600 hectares. (22 fois plus qu’aujourd’hui…). A la fin du XVIIIème
siècle (entre 1770 et 1780), l’Auvergne connait une grave crise viticole, avec une période
de surproduction et une perte en qualité. La population qui vivait de la vigne paie
durement la crise des prix (précarité, pauvreté, émergence de bistrots et de cabarets, alcoolisme…)
Le troisième vignoble de France (1789-1895)
De 1789 à 1850
Le nombre de parcelles est multiplié par 4 entre le redécoupage des terres de 1789
et le début de l’Empire en 1804. De 1789 à 1850, la superficie passe de 21000 à
34000 hectares, soit plus de 60% d’augmentation ! Le stockage du vin, qui représentait
un vrai problème au XVIIIème siècle semble être résolu par la construction rapide de
caves partout sur le territoire. On retrouve aujourd’hui quelques bourgs réputés pour
leur important réseau de caves, notamment Aubière, qui en compte plus de 900.
De 1850 à la fin du XIXème siècle
Lorsque le phylloxéra arrive en France dès les années 1870, l’Auvergne semble épargnée
au contraire des autres vignobles de France. Pas de ceps touchés, l’occasion de mieux
pénétrer le marché, d’où une croissance des ventes et une « frénésie des plantations ».
Le Puy-de-Dôme devient le troisième département viticole de France. Il compte en
1890 43575 hectares de vignes plantées. Concernant les rendements, des sources
mentionnent un rendement exceptionnel en 1865 : 1,630M d’hectolitres, et 992 130 hectolitres
pour 1890, ce qui est déjà conséquent.Par ailleurs, concernant les surfaces, un auteur,
? mentionnera jusqu'à plus de 68000 hectares de vignes plantées sur le territoire,
avant le Phylloxéra. Un chiffre hélas invérifiable mais qui donne une certaine idée de
l'ampleur de la vigne à cette époque.
Du déclin au grand renouveau (1895 à nos jours)
La crise, fin de la production de masse (de 1895 aux années 1940)
Finalement, le phylloxéra finit par contaminer la quasi-totalité des vignes dès 1895. Les vignerons procèdent à l’arrachage des plants, greffent avec des ceps américains, mais il est trop tard pour endiguer le déclin. En 20 ans, le vignoble perd la moitié de sa superficie. En 1910, le vignoble est victime du mildiou (maladie épidémique provoquée par des parasites microscopiques) et la production totale chute à 6000 hectolitres (contre 100 fois plus en 1890…). Alors que le vignoble et les vignerons se remettent difficilement du phylloxéra et de cette mauvaise année 1910, la guerre de 1914-1918 porte un coup fatal à la reconstruction du vignoble.
Au lendemain de la guerre, les ruraux quittent la vigne et s’en vont chercher des emplois à Michelin, qui emploie 10000 personnes à Clermont-Ferrand en 1927. Les parcelles sont abandonnées, les caves sont réaménagées (affinage du Saint-Nectaire à Aubière dès 1930, transformations en garages, entrepôts…) ou délaissées. Les autres régions françaises qui ont connu le phylloxéra plus tôt ont donc davantage réussi à se reconstruire, ce qui ne fut pas le cas du vignoble auvergnat au début du XXème siècle. La deuxième guerre mondiale n’est pas une période de renouveau des parcelles malgré la politique traditionnaliste et agricole du Régime de Vichy. Le vin chez les locaux est synonyme d’un produit de faible qualité et sur le déclin.
Le début des progrès qualitatifs (1932-1977)
Certains vins dans les années 30’ sont reconnus pour leur qualité, comme
ceux de Châteaugay, Dallet, Aubière, Romagnat, Mezel, Lempdes, Corent et Boudes.
On parle d’une appellation « Vins d’Auvergne » pour le département dès 1932 par jugement
du tribunal de Riom pour 171 communes. Les vignerons s’organisent également pour
faire face à la crise, avec la création d’une coopérative en 1935, la Clermontoise ; puis
d’un Syndicat agricole et viticole en 1937.
L’arrêté du 17 mai 1951 marque un premier tournant avec la définition d’un AOVDQS
« Côtes d’Auvergne » sur 4 communes : Châteaugay, Clermont-Ferrand (Chanturgue),
Corent, et Riom (Madargue).
Le 23 janvier 1953 reconnaît un deuxième AOVDQS « Vins d’Auvergne » sur 40 communes.
En 1977, l’appellation obtient le label AOVDQS « Côtes d’Auvergne », mettant fin aux
deux anciens labels VDQS. Cet arrêté de 1977 s’applique pour 53 communes et définit
l’aire du Côtes d’Auvergne Générique et des 5 appellations locales reconnues encore
aujourd’hui : Madargue, Châteaugay,Chanturgue, Corent et Boudes.
Le vignoble ne doit alors conserver que trois cépages:le gamay, le pinot et le chardonnay.
Les concrétisations d’un renouveau (1977-1991)
Depuis 1977, le vignoble ne cesse de gagner en qualité. Les 5 crus ont su se distinguer
de par leurs typicités géologique et historique. Le vignoble actuel représente 800 hectares
de superficie, dont 400 exploités par des professionnels (350 en AOVDQS dont 40% en
crus et 50 en Vins de Pays). Environ la moitié des vignes sont détenues par des coopérateurs
qui fournissent le raisin à la Coopérative Saint Verny. Cette dernière a succédé au début
des années 80’ à l’ancienne coopérative « Cave des Côtes d’Auvergne ». La Cave Saint Verny,
installée à Veyre-Monton appartient au groupe Limagrain depuis 1991. Elle compte une
centaine de coopérateurs. Par ailleurs, le vignoble compte une quarantaine de vignerons
indépendants dont la plupart appartiennent au groupement des « caves des vignerons indépendants ».
Depuis 1987, notre Fédération Viticole départementale allie, structure et organise les
acteurs du vignoble, coopérateurs et indépendants, travaille avec les cavistes, restaurateurs,
et institutionnels pour promouvoir nos vins et inciter les locaux et touristes à découvrir les
richesses patrimoniales de notre territoire.
La voie vers l’AOC (1989-2011)
La démarche AOC a été amorcée rapidement par la Fédération puis portée par un
syndicat prévu à cet effet. En 2008, un nouvel arrêté a rendu plus sévères les conditions
de production et fixé les délimitations AOVDQS (validation définitive). L'AOC a été obtenu
le 16 novembre 2010 pour l'ensemble de l'aire AOVDQS et les 5 crus du territoire.
Les gages de qualité mis en avant par les vignerons ainsi que la richesse et la typicité
des sols, d’origine volcanique, sont les atouts majeurs de ce vignoble. Le millésime
2011, le premier en AOC, validera les gigantesques efforts qualitatifs entrepris par
ce petit territoire viticole et fera reconnaître la haute qualité et les caractères




