Le Terroir

Contexte pédo-climatique et géologique

De la Terre à la vigne

 

   La localisation, le climat, la morphologie et la composition des terres viticoles du Puy-de-Dôme empruntent à deux événements géologiques principaux : la formation du bassin sédimentaire de la Limagne, puis le volcanisme qui affecte son fond et surtout ses bordures.

   

 

 

 

 

Naissance de la Limagne

    Au Cénozoïque, cette ère géologique qui débute il y a 65 millions d’années, l’affrontement des plaques Europe et Afrique donne naissance aux Alpes et crée, à leur aplomb, une énorme racine lithosphérique qui plonge dans le manteau terrestre. À la périphérie occidentale de l’arc alpin, la croûte, étirée, s’amincit et commence à se lézarder à partir de 35 millions d’années (Ma) : de la Méditerranée à la mer du Nord, la Baltique et la Bohême, des compartiments entiers du vieux plancher européen s’effondrent lentement, dessinant une longue balafre de fossés que les géologues appellent le rift ouest-européen.

   La Limagne, ouverte de Moulins à Brioude, est un de ces fossés d’effondrement. C’est selon la direction globalement nord-sud de ses versants que la majorité des vignobles auvergnats trouveront à s’implanter. Les grands crus des Côtes d’Auvergne – du nord au sud : Madargue, Châteaugay, Chanturgue, Corent et Boudes – sont tous les cinq situés dans le département du Puy-de-Dôme ; leurs vignobles s’adossent au bord occidental de la Limagne, le long de la grande faille qui marque le paysage par un dénivelé de 600 mètres entre la plaine sédimentaire et les plateaux cristallins où naîtront les volcans du Cézallier, des monts Dore et de la chaîne des Puys.

 

   Dès son ouverture et pendant une dizaine de millions d’années, le fossé de Limagne s’enfonce lentement en s’emplissant d’une masse considérable de sédiments carbonatés, qui constitueront un jour le corps des coteaux viticoles.

   Il n’y a pas alors de véritables cours d’eau : le fossé est inondé par des lacs profonds de quelques mètres seulement, proches du niveau de la mer et saumâtres. Et si la mer vient faire quelques incursions, la sédimentation reste majoritairement lacustre. Les roches qui en résultent sont principalement des calcaires et des marnes. Les premiers proviennent du dépôt des coquilles d’animaux lacustres (ou marins) ; les secondes mélangent très finement un tiers d’éléments calcaires à deux tiers d’argile. À ces épais dépôts marno-calcaires se mêlent quelques bancs de grès ou d’arkose, issus de la désagrégation de roches cristallines.

 Jusqu’à l’Oligocène supérieur, le remplissage sédimentaire reste quasiment vierge de matériaux volcaniques.

haut de page 

 

Le temps des éruptions

    À l’Oligocène supérieur, la croûte terrestre sous le Massif central se trouve bombée et érodée à sa base par l’ascension d’un flux de matière chaude, lié à l’enfoncement de la racine des Alpes. Par les fractures de la croûte encore amincie monte le magma.

   Le volcanisme débute en Limagne entre 28 à 24 Ma, dans les lacs existants. L’explosive  rencontre du magma et de l’eau produit les premières pépérites, ces roches caractéristiques qui mélangent de petits morceaux de lave vitrifiée, semblant des grains de poivre (du latin peper), à la roche sédimentaire encaissante, broyée par l’explosion. On retrouve ces pépérites dans les buttes dominant Romagnat ou encore à Châteaugay.

   Puis, une phase majeure survient au Miocène, entre 21 et 12 Ma, tandis que les sédiments émergent peu à peu et qu’un réseau fluviatile se constitue. Elle met en place, par exemple, les premières coulées basaltiques des côtes de Clermont, de Chanturgue et du plateau de Lachaud, à Châteaugay, autour de 16 Ma.

   Le deuxième épisode majeur se joue il y a 3 Ma, au Pliocène supérieur, époque où s’éveillent les monts Dore et où l’Allier commence à creuser son lit. Il touche la bordure du plateau des Dômes et le secteur des Couzes. On en trouve une manifestation à Corent, dans la falaise basaltique qui domine le village.

   Au quaternaire, enfin, quelques événements surviennent à La Roche Noire, autour d’1 Ma, et, sous forme de maars, à Clermont, il y a 160 000 ans, ou à Saint-Hippolyte, vers 90 000 ans. Ils annoncent la formation de la chaîne des Puys qui va s’édifier sur le plateau des Dômes, entre 90 000 ans et 8 500 ans. De Volvic à Saint-Amant-Tallende, les coulées émises par ces jeunes volcans viennent coiffer localement l’empilement sédimentaire du bassin, comme l’avaient fait bien avant elles des coulées du Cézallier, à Boudes, ou des monts Dore, au Crest… Toutes ces coulées postérieures au remplissage sédimentaire du fossé de Limagne vont grandement conditionner l’implantation d’un vignoble dans le département du Puy-de-Dôme.

 

haut de page 

 

L’érosion retravaille les reliefs et les sols

    Au quaternaire, l’Allier poursuit son enfoncement et l’évidement de la plaine : les sédiments antérieurs se retrouvent alors en hauteur, sur les flancs du bassin. La rivière construira à leur pied ses terrasses alluviales.

   À l’érosion fluviale s’ajoute une intense érosion périglaciaire, qui altère les sédiments plus aisément que les formations volcaniques compactes. Ainsi, à la périphérie des coulées descendues du plateau occidental en empruntant des fonds de vallées, les strates sédimentaires non protégées sont déblayées : les coulées se retrouvent perchées au-dessus de la plaine. Elles ne sont cependant pas totalement exemptes d’altération. En pierres, en petits granules ou sous forme d’un matériel argileux, leurs matériaux se déposent par gravité sur les versants des reliefs qu’ils couronnent ; on parle alors de colluvionnement volcanique.

 

   Ainsi, après 35 Ma d’histoire géologique, le vignoble des Côtes d’Auvergne trouve place de part et d’autre de la vallée de l’Allier, sur une suite ondoyante de coteaux, entre la plaine et la montagne, ou sur les pentes de buttes isolées, à l’histoire plus ou moins complexe. Le plus souvent, ces coteaux sont taillés dans l’empilement marno-calcaire qui a comblé le bassin de la Limagne à l’Oligocène, et ils sont protégés par un toit de basalte que l’érosion différentielle a porté en inversion de relief et qui enrichit les pentes par colluvionnement.

   Relief inversé et colluvionnement basaltique : ce sont les principales contributions du volcanisme de la région à l’originalité et à la variété des terroirs viticoles des Côtes d’Auvergne. Les terroirs purement volcaniques sont en effet rares ; une partie du vignoble de Corent offre la plus belle exception. L’effet volcan disparaît vers le nord, au-delà de Riom, où le vieux socle cristallin conditionne des sols sableux, donc siliceux, pauvres en humus, qui sourient au vin de Madargue. Car en réalité, la vigne s’accommode de terrains de toute nature, pour peu que leur morphologie et leur orientation lui assurent les bonnes conditions de drainage et d’exposition.

 

haut de page 

 

Le climat

    À la charnière des influences océaniques et continentales, le vignoble des Côtes d’Auvergne, installé entre 370 et 600 mètres d’altitude, voit son climat très influencé par la disposition des reliefs. Orientée nord-sud, soit perpendiculairement aux courants dominants venus de l’ouest, la chaîne des Puys crée un effet de Foehn : celui-ci concentre l’essentiel des précipitations sur le versant occidental de la chaîne, et laisse descendre sur son versant oriental et sur la Limagne un contenu asséché en vapeur d’eau. Cette réduction de la nébulosité assure aux coteaux viticoles une meilleure luminosité ainsi qu’une humidité réduite mais suffisante.

   L’ensoleillement, qui atteint facilement voire dépasse de beaucoup les 1 800 heures annuelles, ainsi que les étés chauds, pour l’heure sans longues canicules, favorisent les rouges charpentés et aromatiques.

 

 

   Mais chaque parcelle, même la plus petite, est un terroir. Ici, la pente plus faible se réchauffe tard dans la matinée ; là, la “pierrosité”, c’est-à-dire la proportion de pierres dans le sol, assure un drainage optimal ; là-haut, le dernier orage a raviné, il faudra un muret… Un muret et un vigneron.

 illustration de l'effet de Foehn

haut de page 

 

© Textes d’Hélène Leroy